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Interview exclusive / Marie-Josée Ta Lou : « Il y a des personnes qui m’agressent mais … »

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La sprinteuse ivoirienne Marie-Josée Ta Lou (27 ans ) a reçu le prix de la meilleure athlète féminine africaine de l’année 2015 de l’Association des comités nationaux olympiques (Acno)

Après les Jeux Olympiques de Rio 2016, Marie-Josée Ta Lou s’est offerte des vacances sur ses terres natales. La sprinteuse ivoirienne de 27 ans que nous avons rencontré sur  les bords de la lagune Ebrié, nous a accordé un entretien exclusif dans lequel, elle nous raconte sa vie professionnelle et  extra-sportive.

Comment vous sentez-vous après les JO de Rio ?

Je me sens bien. Je me suis remise de ma tristesse et de mes émotions. Je suis revenue au pays, j’ai vu la ferveur que tout le peuple ivoirien m’accordait donc déjà ça va bien.

Vous avez manqué de peu une médaille aux J.O de Rio 2016 avez –vous des regrets ?

Beaucoup de regrets mais aussi satisfaite même si je rate de peu la médaille. Mais comme dit mon coach, ce n’est pas une fin en soi. C’est une expérience que j’ai acquis et qui va me servir de leçon pour mes prochaines compétitions. Je reste positive parce que je bats deux fois mon record sur 100 et 200 mètres. Je suis 4e mondial avec 10.86. J’ai battu  mon record sur le 200 mètres en 22.21. Ce record national m’a hissé parmi les meilleures africaines sur le 200 mètres. Je ne peux qu’être fière de ce parcours là malgré la petite déception de la médaille. Mais je reste quand même fière. Je dis merci à Dieu pour tout cela.

Comment êtes-vous retrouvée dans l’athlétisme ?

Plus jeune, je courais déjà bien et je pratiquais également du football dans un centre de formation dirigé par un ami de mon frère aîné.  Mais par la suite mon grand-frère ne voulait plus que je continue dans le football. Il estimait que ce n’était pas pratique pour une fille, ça ne payait pas et que je commençais à avoir l’allure d’un garçon  manqué. Comme je savais déjà courir, ses amis lui ont conseillé de faire de l’athlétisme. C’est ainsi que l’aventure a commencé.

Vos parents étaient-ils d’accord avec ce choix?

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La mère de Marie Josée Ta Lou

Ma maman n’a vraiment pas apprécié. Elle voulait que je devienne médecin. Au début je voulais devenir professeur d’Education physique et sportive (EPS), elle m’a rétorqué, ton ainé est professeur d’EPS, le deuxième  fait le droit, il sera bientôt juriste, toi tu dois être médecin. Vu aussi que j’étais toujours parmi les cinq premiers, j’étais bien partie pour le devenir mais le sport a finalement pris le dessus.

Si vous n’étiez pas sprinteuse, seriez-vous footballeuse ?

Je pense bien que j’allais continuer le football mais après j’avais mes études à côté donc ce n’était pas sûr que je fasse carrière professionnelle.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours scolaire ?

J’ai fait tout mon cursus  secondaire au lycée municipal de Koumassi. Après, j’ai été orientée à l’Université Nangui Abrogoua en tronc commun de médecine.  En tant que passionnée de sport, je trichais un peu pour aller aux entraînements.  Alors que les études en médecine exigent une très grande concentration. Et, je ne l’étais pas, c’est pourquoi cela n’a pas marché. J’ai abandonné la médecine pour  un BTS en comptabilité au groupe Loko. Après la première année, j’ai obtenu une bourse d’étude pour la Chine. Une fois là-bas, j’espérais étudier la kinésithérapie mais la chance ne m’a pas souri. C’était difficile. Je suis revenue à Abidjan et je me suis envolée pour le Sénégal. C’est à Dakar que tout a véritablement commencé.

Comment étaient vos débuts dans l’athlétisme ?

Le début n’a pas été facile parce que je n’avais pas d’entraînements de haut niveau. Ici ce n’est pas pareil qu’en Europe ou en Amérique. J’ai eu la chance de tomber sur un coach excellent, Agoh Florence qui  est comme une mère pour moi. C’est avec elle que  j’ai débuté ma carrière. Mais il y a beaucoup de choses telle la musculation que je ne faisais pas. Avec mon évolution, elle s’est rendue compte qu’elle ne pouvait plus m’encadrer. C’est pourquoi elle m’a confié à mon deuxième coach  Jeannot Kouamé qui était DTN de la Fédération ivoirienne d’athlétisme. On a travaillé, j’ai évolué. J’ai fait juste un an avec lui et je suis partie en Chine puisqu’il n’y a pas assez de compétitions ici. J’ai évolué en Chine avec un bon coach. Après je suis allée à Dakar.

Comment c’était à Dakar ?

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Marie Josée Ta Lou à Dakar (HPTC Dakar)

C’était difficile. Je n’avais pas la bourse. Et j’étais sur la liste d’attente. Mais par la grâce de Dieu, il y a une personne qui a désisté.  Sa bourse m’a été attribuée et je suis arrivée à Dakar dans le mois de décembre 2014. La saison avait déjà démarré pour beaucoup de personnes. J’ai finalement commencé les entraînements en janvier. C’était difficile parce que je n’avais pas cette force pour les entraînements de haut niveau puisque c’était la première fois. J’ai énormément souffert dans les trois premiers mois.

En allant aux J.O de Rio, pensiez-vous que les conditions de réussite étaient réunies?

Vu les résultats, je pense que oui. Mon entrainement avec mon coach à payé. N’eût été ma blessure, peut être que depuis longtemps les gens auraient entendu parler de Ta Lou. Mais Dieu faisant grâce, c’est juste quelques semaines avant les J.O que j’ai commencé à faire cette progression et j’ai commencé à me faire remarquer.

Avez-vous rencontré des problèmes financiers durant votre préparation?

J’ai toujours été confrontée à des soucis financiers. Mais j’ai beaucoup souffert physiquement.

Des indiscrétions disent que vous êtes allé au Brésil avec des difficultés financières, qu’en dites-vous ?

Vous m’apprenez cela. Cette année, les fonds ont été décaissés tardivement par rapport aux préparations des J.O. (Ndlr : Avril –Mai) par contre cela devait se faire bien avant. C’est juste ça que j’ai remarqué mais après tout est rentré dans l’ordre.

Quels sont vos ambitions dans le sport ?

C’est glaner beaucoup de médailles et être parmi les meilleurs.

Est-ce que vous pensez déjà à la retraite ?

Pas encore parce que c’est maintenant que je commence. Je parlerai de retraite quand j’aurai atteint mes objectifs.

Comment  vous  sentiez-vous aux J.O de Rio avant la finale?

J’étais bien dans la tête parce que j’avais un coach qui me préparait mentalement. Après les 200 mètres, tout le monde a vu que je ne me sentais pas bien. J’étais physiquement atteinte et j’ai juste pris mon courage à deux mains pour courir, comme  on le dit communément.

Quelles sont vos relations avec la fédération et les autres athlètes ivoiriens ?

Avec la fédération, j’ai de bonnes relations. Ça va également avec les autres athlètes.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

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Ta Lou aux Jeux Olympiques de Rio 2016

C’est Rio parce que c’est là que j’ai fait de meilleures performances.

Et le plus mauvais ?

Rire. Moi, tout ce que je trouve mauvais je ne garde pas comme souvenir. Je n’ai que des bons souvenirs.

 Quel est ton footballeur préféré ?

Didier Drogba (rires). C’est une légende. Il a su vendre le football ivoirien ailleurs. J’aime beaucoup Drogba.

Quand vous êtes  à Abidjan, que faites-vous pendant vos temps libres ?

Je suis avec la famille, les amis, j’aime beaucoup cuisiner et faire du shopping. J’aime également sortir mais pas trop. J’aime aussi lire.

Votre génitrice nous a confié que vous êtes un cordon bleu, qu’est ce que vous savez faire en cuisine ?

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Je fais un peu de tout, sauce, grillades. Mais je n’ai pas de spécialité en tant que telle.

Entant qu’athlète de haut niveau avez-vous un régime alimentaire particulier?

Oui, il ne faut pas manger trop huilé ni trop lourd. Il faut prendre des fruits et légumes surtout. Mais une fois en passant, je peux manger ce dont  j’ai envie sans toutefois en abuser.

De quelle confession religieuse êtes-vous ?

Je suis chrétienne catholique et ma famille également. Au CM1, j’ai une amie avec qui j’étais en classe qui se baptisait donc c’est elle qui m’a motivé le plus.

Comment vivez-vous votre célébrité ?

Je suis restée la même Ta Lou. Je n’ai pas changé d’un iota. Je ne suis pas une star. Je n’ai pas changé d’amis non plus.

Avez-vous déjà été victime d’agression ?

Oui j’en subi toujours. Il y a toujours des personnes qui le font mais je regarde et j’avance.

Qu’est ce que vous aimez bien mangé ?

J’aime bien le tchep, la sauce graine, la sauce arachide, le foufou, de l’aloco et de l’escargot.

Quel message pouvez-vous lancé à tous les amateurs d’athlètisme ?

Le sport ce n’est pas facile. Mais quand tu veux le faire, il faut se donner à fond même étant fatigué. il y a beaucoup d’embûches,  donc pour réussir, il faut assez de courage et de persévérance. Mais il faut  surtout croire en Dieu, sans lui nous ne sommes rien.

Quel regard portez-vous sur le sport ivoirien en particulier sur l’athlétisme ?

Pour moi il n’y a pas de sport mineur. Le taekwondo et l’athlétisme l’ont démontré cette année. Nous avons tous les mêmes douleurs. Concernant les problèmes financiers, je pense que cela commence à s’améliorer progressivement. Mais il faut encore plus de moyens.

Certaines personnes disent que vous avez damé le pion à Murielle Ahouré, qu’en pensez-vous ?

Je n’ai damé le pion à personne. Le sport est très ingrat. Aujourd’hui c’est moi, demain ça pourrait être elle. Ce qu’ils oublient c’est que c’est grâce à elle qu’on parle d’athlétisme en Côte d’Ivoire en ce moment. J’ai juste été en forme au moment précis, elle revenait de blessure donc cela se comprend.

 

 Malick Toé / Abidjan911.com

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